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Bleus, paillettes, et esprit d’équipe : une rencontre avec les Baronnes Von Schlass.

  • 6 avr. 2016
  • 5 min de lecture

Réalisé à Lille, le 11 mars 2016

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Elles sont web designer, professeur des écoles ou étudiante ostéopathe, et tous les vendredis soirs elles se retrouvent à la Halle de Glisse, le skate park de la ville de Lille, pour s'entraîner au Roller Derby. Les Baronnes Von Schlass sont l’équipe B du club Roller Derby Lille, fondé il y a environ 5 ans.


C’est après plus d’une heure et demi de training que je retrouve Lazare, Marjolaine, Delphine, Mélina et Charlotte devant le bâtiment. Chlothilde nous rejoindra quelques minutes après le début de l’interview, alors que Lazare s’excuse de lui avoir donné ‘un genre de tarte’ pendant l’entrainement. L’ambiance est bonne, conviviale et tout le monde accepte de répondre à mes quelques questions malgré le froid et l’heure tardive.


Elles commencent donc par se présenter. Je prends quelques minutes pour apprendre à les connaitre, et je réalise vite que faire le profil d’une derby girl va être compliqué tant leurs profils sont variés. Les silhouettes et les personnalités ne se ressemblent pas, et c’est visiblement ce qui fait la force de ce sport. Chacune apporte quelque chose de particulier à l’équipe, comme le souligne Mélina. Les derby names (Freyja Frayeur, Nikki Carnage …) provoquent quelques sourires.


Les raisons qui les ont poussées à s’inscrire dans un club de Roller Derby sont toutes aussi diverses que leurs profils : le sport en lui-même, bien sûr, l’esprit sportif, mais aussi l’ouverture d’esprit et la tolérance. Chlothilde précise : « C’est même marqué dans la charte : toute remarque homophobe ou raciste mènera à une expulsion. ». Et puis l’esprit d’équipe. Dans le club tout le monde se côtoie. Personne n’est cantonné à son groupe ou à son créneau horaire, les joueuses de l’équipe A, celle de l’équipe B, l’équipe masculine, les arbitres, les NSO… tous se mélangent d’un training à l’autre pour venir donner un coup de main ou simplement pour regarder.


Elles ont découvert le roller derby d’une manière différente : un reportage 66 Minutes diffusé sur M6 l’été dernier, un article écrit par une roller girl publié sur Madmoizelle.com, des copines qui connaissaient déjà, et bien sûr, le film ‘’Bliss’’. Certaines savaient patiner, d’autres pas, mais toutes les joueuses, quel que soit leur niveau, travaillent sans relâche pour améliorer leurs capacités. Mais la forme physique n’est pas tout, car le roller derby nécessite beaucoup d’investissement : l’apprentissage des règles, l’entrainement physique et technique, la participation aux entrainements et à la vie du club (training du groupe, trainings communs, coacher les autres), aux matchs, aux bootcamps, mais aussi l’argent investi (l’équipement coûte environ 200€). Beaucoup de joueuses sont blessées au début car le sport est fait de chutes et de contacts parfois violents.


Aux derniers recrutements, 45 Fresh Meat (les nouvelles recrues) ont été sélectionnées, et quelques mois plus tard elles ne sont plus que 7.




On l’aura compris, le roller derby est un sport à plein temps, unique et, comme tous les sports, il est malheureusement parfois victime de stéréotypes.


Déjà peu connu du grand public, la façon réductrice dont les médias ont tendance à traiter cette discipline provoque des soupirs dans l’assistance. Les filles se souviennent d’un petit article paru dans le quotidien La Voix du Nord après la dernière rencontre du club, article qui semblait résumer le sport aux « mini-shorts » et « jambes interminables » des joueuses. Les mêmes stéréotypes existent aussi chez les hommes qui ne connaissent pas le sport, ou alors seulement l’uniforme parfois sexy de certaines filles. Mais du fait que le sport soit encore peu connu, la réaction de la plupart des gens face à une derby girl est « qu’est-ce que c’est ? », qui se meut après quelques explications en « mais c’est violent quand même » ou « j’ai pas compris ». C’est vrai que le roller derby est un sport complexe et réglementé, particulièrement pour une personne non-initiée.


Et du côté des derby boys ? Car alors que le roller derby est tradionnellement féminin (un sport créé par les filles, pour les filles), les joueurs de derby commencent à devenir de plus en plus nombreux. Le club Roller Derby Lille a la particularité d’avoir ouvert en 2014 une équipe masculine, Les Barbiers de Sévice, qui s’entrainent juste après les Baronnes ce soir-là. Mélina explique : « On veut que tout soit ouvert aux femmes, je ne vois pas pourquoi on serait sectaire à dire non. » Ce n’est pas dans l’esprit de ligue, où l’ouverture d’esprit et le refus des discriminations sont des valeurs primordiales. Alors peut-être que les garçons tapent plus fort sur le track, mais ça n’empêchent pas aux filles de s’entrainer avec eux. Et si certaines joueuses ou certaines équipes sont parfois réticentes à l’ouverture du roller derby aux hommes, ça n’est certainement pas le cas ici. Chlothilde prend un instant pour rappeler que ce n’est pas contraire à l’esprit du sport que d’y intégrer des garçons.


« Ça ne dérange pas d’avoir des mecs parce que, à mon avis, l’objectif premier c’est d’avoir un sport féminin et féministe, avec des femmes qui sont intégrées et pas tolérées. Et là comme c’est les mecs qui arrivent après on garde quand même cet esprit-là, sans cette espèce d’autorité masculine dans les sports. […] On garde cet avantage d’être prioritaire entre guillemets. »


La conversation se poursuit de manière plus légère. On mentionne l’usage extensif de câlins une fois le jam terminé. La fascination pour les licornes, les paillettes et les leggings. La comparaison des nouveaux bleus dans les vestiaires. Autant de sujets triviaux qui en réalité forgent un vrai esprit de camaraderie au sein d’une équipe.




Avant que les filles ne regagnent leurs voitures ou la station de métro pour rentrer chez elles, j’ai le temps de leur poser une dernière petite question : qu’est-ce que le roller derby représente pour toi ?


Le challenge, le côté compétitif, me dira Delphine. Un sport où il n’y a pas de phase de stagnation, où malgré les années de pratique on en veut toujours plus.


Une façon de se libérer, de se défouler après le boulot, mais qui commence à devenir une véritable passion pour Charlotte. C’est un moment privilégié pour Mélina, un moment rien que pour elle, loin de l’école et des enfants. Un moment Nutella, les calories en moins.


Pour Lazare, qui voulait faire de la bagarre et du patin en collants, c’est un endroit enrichissant, une vraie communauté. Marjolaine la rejoint sur ce point. Le roller derby c’est un endroit où des gens complètement différents se retrouvent et partagent un même esprit et de valeurs.

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Un grand merci à Anne des Switchblades Roller Grrrls, aux coachs et aux joueuses des Baronnes Von Schlass pour avoir accepté de participer à ce reportage.


Images tirées du film 'Bliss', de Drew Barrymore.

 
 
 

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